Le PDG de Microsoft lance une volée contre la « censure excessive » d’Anthropic Fable : les tokens d’IA ne devraient pas être entre les mains de deux grandes entreprises

Le PDG de Microsoft, Satya Nadella, lors d’une réunion interne avec des ingénieurs de Copilot, a critiqué publiquement les restrictions imposées par son partenaire Anthropic au modèle phare Fable, qu’il juge « déraisonnables ». Il décrit un assistant qui refuse de répondre à tout moment, comme un outil de création soumis à un « contrôle éditorial excessif ». Il a ensuite élargi la critique à toute l’industrie, en affirmant que les ressources de calcul en tokens ne devraient pas être détenues par seulement deux sociétés, et que les autres ne feraient que les utiliser en location. Microsoft n’a annoncé son investissement dans Anthropic que le mois de novembre dernier, à hauteur de 5 milliards de dollars ; Anthropic s’est également engagé à y consacrer 30 milliards de dollars sur Azure. Ces propos reviennent à tirer sur un partenaire essentiel et client à la fois.
(Contexte : le PDG de Microsoft avertit que l’IA est en train de dupliquer une tragédie de la mondialisation, et que chaque entreprise doit accumuler à la fois du « capital humain » et du « capital en tokens ».)
(Complément de contexte : Anthropic a été « interdit » par le gouvernement américain de retirer le modèle Fable ; des médias indiquent trois inquiétudes majeures : aider la Chine à développer l’IA open source)

Table des matières

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  • Fable refuse de répondre à tout moment, jugé « contrôle éditorial »
  • Le vrai coup de feu : le capital en tokens ne peut pas n’être détenu que par deux sociétés
  • Investir, c’est investir ; la puissance de calcul, il faut la garder

Résumé des points clés

  • Lors d’une réunion interne, le PDG de Microsoft Nadella critique Anthropic : le modèle phare Fable refuse de répondre trop facilement, comme un outil soumis à un « contrôle éditorial excessif ».
  • Il affirme que les ressources de tokens en IA ne devraient pas être limitées à deux entreprises, et que tout le monde d’autre devrait pouvoir en disposer autrement que par location, ce qui n’a aucun sens sur le plan économique.
  • Microsoft n’a investi qu’en novembre dernier 5 milliards de dollars dans Anthropic ; Anthropic s’est engagé à dépenser 30 milliards de dollars sur Azure. Dans les deux cas, il s’agit de partenaires et de clients.

À peine après avoir injecté 5 milliards de dollars dans Anthropic, le PDG de Microsoft, Satya Nadella, s’en prend pourtant publiquement à son partenaire devant ses propres ingénieurs. D’après CNBC, lors d’une réunion interne avec des ingénieurs de Copilot, Nadella a déclaré que les restrictions imposées par Anthropic au modèle phare Fable étaient « déraisonnables », et que cette façon de refuser de répondre à la moindre occasion ne lui convenait pas du tout.

En réalité, le vrai point de Nadella se trouve juste après.

Fable refuse de répondre à tout moment, jugé « contrôle éditorial »

Son mécontentement vise surtout la manière dont Fable refuse les demandes. Il décrit le fait que, lorsqu’on utilise Fable, elle refuse souvent pour des raisons mystérieuses, ce qui rend difficile d’anticiper le comportement du système.

Si vous utilisez Fable, il vous refuse à tout moment pour une raison aléatoire. La dernière fois que vous avez utilisé un outil de création soumis à un tel « contrôle éditorial », c’était quand ?

Ce problème s’explique par un contexte. Au moment où Fable a été lancé, il n’avait été disponible que trois jours : Anthropic, pour se conformer aux instructions de contrôle des exportations du gouvernement américain, avait temporairement coupé l’accès à Fable ; il a été remis en ligne le 1er juillet. À cette époque, Anthropic avait déjà prévenu : les nouvelles mesures de sécurité, par rapport à l’ancienne version, « augmenteraient la proportion de demandes inoffensives » mal classées comme nécessitant un blocage. La page d’assistance d’Anthropic indique aussi que lorsque les utilisateurs demandent certains contenus liés au développement de grands modèles, la plateforme peut utiliser l’ancienne version du modèle pour répondre.

Le vrai coup de feu : le capital en tokens ne peut pas n’être détenu que par deux sociétés

Si la critique de Fable n’était qu’une entrée, la phrase de Nadella qui suit constitue le plat principal. Il soutient que les entreprises devraient pouvoir développer des modèles personnalisés à moindre coût et garder la maîtrise de leurs données internes, plutôt que de confier l’essentiel du pouvoir à un petit nombre de sociétés.

On ne peut pas laisser le monde entier n’avoir que deux entreprises qui détiennent le capital en tokens, tandis que tout le reste ne ferait que l’utiliser en location. Sur le plan économique, cela ne tient pas debout.

Ici, les tokens sont l’unité qui mesure la quantité de calcul qu’un modèle d’IA consomme. Le « capital en tokens » dont parle Nadella, en clair, correspond à la quantité d’atouts de puissance de calcul en IA qu’une entreprise a en main. Il ne cite pas explicitement quelles sont les deux entreprises, mais il vise clairement les géants qui monopolisent les ressources de calcul de tout premier rang et contraignent les autres à payer pour louer. Il va même plus loin avec des métaphores plus tranchantes, en mettant en garde contre le fait que les entreprises ne deviennent pas des « fermiers de calcul », travaillant uniquement pour les autres.

Si l’on examine la situation de Microsoft, le calcul est encore plus clair. D’un côté, Microsoft s’appuie sur les modèles d’Anthropic et d’OpenAI pour porter sa gamme de produits Copilot ; de l’autre, il nourrit avec force ses modèles de la série MAI et ses puces Maia. L’objectif est de ne plus, un jour, devoir composer avec les caprices des autres. Le contrôle éditorial critiqué chez le partenaire est une ligne claire ; l’option de construire ses propres modèles est la ligne de fond.

Investir, c’est investir ; la puissance de calcul, il faut la garder

Ce qui rend ces échanges intrigants, c’est leur double face. En novembre dernier, Microsoft a annoncé un investissement de 5 milliards de dollars dans Anthropic. Dans le même accord, Nvidia a ajouté jusqu’à 10 milliards de dollars ; Anthropic s’est, de son côté, engagé à dépenser au moins 30 milliards de dollars sur le cloud Azure. Cette transaction a fait bondir la valorisation d’Anthropic jusqu’à environ 3500 milliards de dollars. Microsoft est à la fois actionnaire et propriétaire du cloud : Copilot est encore un produit vendu aux clients d’Anthropic, qui est lui-même un client d’Anthropic.

C’est pourquoi, plutôt que d’être une simple insatisfaction envers Anthropic, ces propos semblent être des raisons que Microsoft se donne à elle-même. L’investissement peut suivre son cours, mais miser toute sa fortune sur les tokens de quelqu’un d’autre, ce dirigeant n’a visiblement pas l’intention de le faire.

Questions fréquentes

Pourquoi Nadella critique-t-il le modèle Fable d’Anthropic ?

Lors d’une réunion interne avec des ingénieurs de Copilot, il critique la manière dont Fable refuse les demandes : trop facilement, comme un outil de création soumis à un « contrôle éditorial excessif », ce qui rend le comportement du système difficile à prévoir. Cela découle des nouvelles mesures de sécurité adoptées après le retour de Fable en ligne, qui peuvent mal classer une plus grande proportion de demandes inoffensives.

Qu’est-ce que Nadella entend par « capital en tokens » ?

Les tokens mesurent l’unité de consommation de calcul par un modèle d’IA ; le « capital en tokens » désigne la capacité à disposer de grandes ressources de calcul en IA. Nadella estime que ce type de ressources ne devrait pas être monopolisé par seulement deux entreprises, tandis que les autres ne feraient qu’y avoir recours via la location. Les entreprises devraient pouvoir développer des modèles personnalisés à moindre coût et maîtriser leurs données internes.

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